Le rôle des parcs zoologiques dans la conservation

Conservation des espèces animales, recherche et sensibilisation du public sont les principales missions des zoos du Muséum.

 

La mission première des zoos est la sauvegarde des espèces menacées de disparition dans leur habitat naturel, en entretenant des spécimens - représentants de leur espèce - dans des conditions optimales.

Dans cet esprit, les trois établissements zoologiques du Muséum national d'Histoire naturelle, le Parc Zoologique de Paris, la Ménagerie du jardin des Plantes et le Parc de la Haute -Touche collaborent à la réalisation de programmes internationaux.

Petit à petit, les zoos ont constitué des « populations » d'animaux sauvages qui se suffisent à elles-mêmes; les prélèvements dans la nature sont devenus très rares, au contraire, les zoos tentent de réintroduire les espèces en voie de disparition dans leur habitat naturel.

Mais un zoo n'est pas seulement une collection d'animaux vivants : les recherches dans des domaines aussi variés que la nutrition, la reproduction, la génétique, l'éthologie, la pathologie, etc., ont pour but d'améliorer nos connaissances des espèces sauvages.

C'est pourquoi de nombreux zoos participent aujourd'hui à des programmes de préservation de l'environnement, conscients que la protection des animaux passe avant tout par la sauvegarde de leur habitat.

Lieu privilégié de contact avec le monde animal, le zoo devient l'endroit idéal pour prendre conscience de la nécessité de préserver les espèces.

Actuellement sont gérés 7 EEP par les trois parcs du Muséum : Gaur, Bharal, Propithèque couronné, Hapalémur simus, Varecia variegata, varecia rubra, lutra lutra.

 

Cheval
Chevaux de Przewalski                                         © F. Lenoir

Nous participons évidemment à de nombreux EEP et TAGs et à leurs commissions. Pour cela, voir ci-dessous le Rôle des parcs zoologiques dans la conservation.

Dans les années 60, l’alerte écologique est lancée. Il devient évident que la nature qu’on pensait   «grande et généreuse » se paupérise à grande vitesse : déforestation, fragmentation des milieux, destruction ou simplification des biotopes entraîne, sinon la disparition des espèces, tout au moins leur raréfaction.

Loutre
Loutre d’Europe                            © F. Lenoir

Les Parcs Zoologiques prennent alors conscience du rôle qu’ils doivent jouer dans la sauvegarde des espèces les plus menacées

Une première conférence tenue à Jersey en 1972 jette les bases de ce qui deviendra les programmes d'élevage d'espèces menacées. 

En 1973 est créé « ISIS » (International Species Information System), par U.S. Seal : il s'agit d'une base de données informatiques recensant, sur une base volontaire, les animaux de zoo avec leur origine et leur généalogie. Le but est de collecter des informations nécessaires à la création de livres généalogiques (stud-books) par espèce, permettant ainsi l’initiation éventuelle de programmes d’élevage coordonnés.

 

Basé au Zoo de Minnesota (USA), ISIS recense au sein des 550 zoos participants, plus de 1,3 million d'animaux, dont 350 000 de plus de 6 000 espèces et sous-espèces ! Quelques stud-books existent déjà : bison d’Europe, cheval de Przewalski, gorille, okapi… ce sont en germe les futurs programmes d’élevage, les zoos élevant ces espèces se coordonnant par le biais de ces stud-books.

 

Propithecus
Propithèque couronné                                  © F-G Grandin MNHN

 

En 1979 est créé le CBSG (Captive Breeing Specialist Group) qui deviendra en 1992 le Conservation Breeding Specialist Group par U. S. Seal, qui avait déjà créé ISIS. Il s'agit d'un groupe disciplinaire de la Commission de Survie des Espèces (SSC), l’une des 6 commissions de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN).

Plus de 700 spécialistes (15 en 1979 !) professionnels de zoos, zoologistes et écologistes de terrain, biologistes de la conservation font l’interface entre la conservation sur le terrain (in situ) et la conservation en captivité (ex situ).

En 1980, l’Association des Zoos nord-américains (AZA) organise les premiers programmes d'élevage proprement dits: les SSP (Species Survival Plan).

Deux ans plus tard, le Royaume-Uni met en place ses propres programmes : les JMSP (Joint Management Species Program).

En 1985, l'Europe continentale, alors Communauté Européenne, crée à son tour des programmes, les EEP (Europaïsche Erhaltungzucht Programm).

Ces derniers sont alors au nombre de 19, basés sur les stud-books existant : okapi, cheval de Przewalski, gorille… A la fin des années 80 sont initiés les TAG (Taxon Advisory Group) en charge de déterminer les espèces prioritaires de «taxons» au-dessus de l’espèce (Félidés, Ursidés…), en coordination avec les autres régions, afin d’établir un « Plan de Collection » européen. 

L’idée d’une association européenne des zoos sur le modèle nord-américain était en germe depuis quelques années. La création des premiers EEP en précipite l’initiation. En effet, il devenait nécessaire d'avoir une structure et une organisation de tutelle.

 

Hapalemur
Grand hapalémur         © F-G Grandin MNHN

C'est d'abord la création de l'ECAZA en 1988 (European Community Association of Zoos and Aquaria), et l’élargissement au reste du continent européen, après la chute"du mur, voit sa transformation en EAZA (European association of Zoos and Aquaria) en 1992.

En 1993 paraît un document essentiel, coédité par l'organisation mondiale des zoos, la WZO (World Zoo Organisation, ex « IUDZG») et le CBSG : il s'agit de la Stratégie Mondiale des Zoos pour la Conservation (World Zoo Conservation Strategy). Cette publication définit et expose le rôle des zoos dans la conservation globale, en particulier l'aide qu'ils peuvent apporter par les programmes d'élevage ex-situ d'espèces menacées.

 

LES TAGs ET LE CBSG:

 

Après avoir brossé un rapide historique de l'implication des zoos dans la conservation globale, puis examiné le fonctionnement des programmes d'élevage d'espèces menacées

au cœur du système - , il faut finir de décrire l'organisation en expliquant la fonction de diverses structures et acteurs : les TAG, le CBSG et autres groupes de spécialistes de l'UICN.

 

Les TAG (Taxon Advisory Group)

 

Un TAG est un groupe de conseillers pour un taxon, dans ce cas une unité de classification au-dessus de l'espèce (famille, ordre.. .). Son rôle est de définir les priorités d'élevage des diverses espèces de ce taxon, afin de concentrer les efforts sur les espèces devant faire l'objet d'un EEP ou au moins d'un ESB (Studbook régional) et d'allouer le maximum d'espace disponible, et de ressources, à ces élevages prioritaires.

 

Le TAG fait tout d'abord un recensement en parc zoologique des animaux appartenant aux espèces relevant de ce taxon. Ensuite, il rassemble les données disponibles sur l'état des populations naturelles avec l'aide du groupe de spécialistes de l'UICN pour ce taxon. Enfin il met en correspondance ces deux lots de données et, après analyse, définit les espèces prioritaires en terme de conservation.

 

Quatre niveaux de priorité sont ainsi énoncés :

. Haute priorité : programme d'élevage type EEP

. Priorité moyenne: stud-book européen (ESB)

. Population " noyau" : simple gestion légère (50 à 80 individus), pouvant éventuellement évoluer vers un ESB et un EEP, en fonction de l'évolution des populations naturelles dans le futur.

. A remplacer : espèces non menacées dans la nature et dont les populations de zoos sont importantes; il est alors recommandé de les remplacer progressivement par des espèces prioritaires

 

Qui participe au TAG ? Une ou deux personnes, spécialistes de ce taxon, le président. La commission est composée des coordinateurs d'espèces en EEP, s'il y en a, des gérants des éventuels ESB, et de spécialistes de ce taxon à titres divers: professionnels de zoos, systématiciens, zoologistes, écologistes, physiologistes... tous spécialisés dans ce taxon. Certains "experts" sont souvent appelés comme consultants.

 

Gaur
Gaur                                                                                       © F. Lenoir

 

Le but ultime du TAG est de mettre sur pied un " plan de collection régional" pour ce taxon, afin de coordonner au mieux les élevages.

Le CBSG (Conservation Breeding Specialist Group)

Il s'agit d'un des quatre groupes disciplinaires de la SSC (Species Survival Commission) de l'UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature).

Ce groupe créé en 1979, baptisé à l'origine Captive Breeding Conservation Group, réunit les "spécialistes" de l'élevage (pour la conservation) ; il a pour tâche de faire la liaison entre l'élevage en captivité d'espèces menacées et la protection sur le terrain, quand elle existe !

Il compte actuellement plus de 700 personnes appartenant à 150 pays.

La Mission du CBSG :

Elle oeuvre pour la conservation ou l’établissement de populations viables d’espèces menacées

 Les buts du CBSG sont:

. Organiser un réseau global de personnes et de ressources

. Collecter, analyser et distribuer l’information

. Développer des programmes d’élevage pour l'a conservation,

. Intégrer les programmes de gestion pour les populations captives et sauvages

Son rôle ne se limite pourtant pas à cet aspect: Il initie des réunions d'évaluation de la viabilité des populations et de l'habitat d'espèces menacées (PHVA : Population and Habitat Viability Assesment).

Ces meetings, essentiels, ont lieu dans les pays hôtes de ces espèces, avec la participation de l'ensemble des spécialistes concernés et des scientifiques et autorités locales. Au cours d'une semaine sont examinés toutes les données disponibles, et locales, l'accent étant mis sur les raisons du déclin de l'espèce en question. Celles-ci sont analysées et des simulations d'évolution de la population sont faites, à l'aide en particulier du logiciel VORTEX (modèles d'extinction).

Les conclusions de ces réunions permettent de mettre sur pied des premières mesures de protection sur place (in situ), accompagnées éventuellement d'élevage de soutien en captivité (ex situ).

Lemur
Lémur vari à ceinture blanche                           © F-G Grandin MNHN

 

Il établit aussi des plans d'action pour une espèce ou un taxon supérieur (CAMP: Conservation Assesment and Management Plans), intégrant les priorités d'élevage en captivité et de mesures de protection sur place. C'est un peu un TAG élargi aux mesures in situ.

Il établit des plans de survie globaux (GASP : Global Animal Survival Plan), intégrant le travail ex-situ et le travail in situ, au niveau mondial.

Nous avons ainsi vu les principales composantes des efforts des Parcs Zoologiques pour la Conservation, et l'articulation avec le travail de terrain. Il existe au niveau européen (EAZA)   32 TAGs, couvrant l'ensemble des groupes : le premier fut initié en 1990 et concernait les Ursidés, les deux derniers concernant l'un les Poissons, l'autre les Invertébrés !

Les stud-books européens quant à eux couvrent 66 taxons, ce qui cumulé avec les 129 taxons en EEP, représente plus de 200 espèces ou sous-espèces menacées objet d'une coordination d'élevage au niveau européen.

Pour en savoir plus

Sur les TAGs : http://www.eaza.net

Sur le rôle des parcs zoologiques dans la conservation : http://www.cbsg.org l'organisation des programmes d'élevage d'espèces menacées en Europe.

Texte du Dr J. L. BERTHIER, vétérinaire du Muséum national d’Histoire naturelle

 

Lemur2
Lémurs varis roux                                                    © F-G Grandin MNHN